Christine Nacry : comme une force tranquille

Décembre 2012

Christine tisse la toile de sa vie avec patience et assurance. Elle progresse pas à pas, s’enrichissant des ses rencontres. Elle est comme une force tranquille qui étaye son chemin sur les fondations de ses expériences. « Je conçois la vie comme un escalier. Je grimpe des marches, j’arrive sur un palier, puis je grimpe de nouvelles marches… »

Christine est lilloise. Sa mère s’occupe du foyer et son père crée un cabinet d’assurances à Lille, à son retour de la guerre d’Indochine. Elle suit une scolarité tranquille jusqu’à son bac philo obtenu en 1969. « Je n’étais pas de ces personnes que l’on remarque. J’ai fait une année de fac sans enthousiasme et j’ai arrêté. Ma mère m’aurait bien vue institutrice… Puis j’ai rencontré un garçon, lui, très engagé dans ses études. » A l’époque, pour s’installer en couple, il n’y a qu’une solution, le mariage. Alors Christine se marie avec son étudiant et se met en quête d’un travail qu’elle trouve rapidement.

Elle vend des livres en faisant du porte-à-porte. Elle apprend le métier de commerciale et découvre qu’elle est tenace. Elle travaille ensuite pendant huit ans dans une filiale de la Caisse des Dépôts où elle apprend la rigueur des chiffres, et le fonctionnement d’une grande entreprise. Puis, Christine décroche un poste d’attachée de direction dans une entreprise de BTP. C’est là qu’elle s’initie à la communication. « J’avais un directeur qui voulait communiquer. A l’époque, les directeurs de la communication, ça n’existait pas ! Il voulait faire un journal d’entreprise, j’ai appris. Il a voulu ensuite changer le logo, j’ai fait une proposition, puis une plaquette, une convention… Sans avoir suivi d’études en stratégie de communication, j’ai appris sur le terrain par la mise en place d’actions concrètes. » Christine se voit ensuite confier la mission de mettre en oeuvre au sein du Conseil Régional puis du Comité Régional de Tourisme, la communication sur le Minitel. Ces deux expériences lui permettent de découvrir une autre facette de la vie d’un territoire, celle des institutions et du monde politique. Puis un jour, Christine est contactée par un cabinet de chasseurs de tête. « On me proposait un poste que je n’aurais jamais osé regarder. Un organisme recherchait quelqu’un pour travailler sur la reconversion économique des bassins d’activité dans lesquels ils fermaient des sites. Je me suis dit que si j’étais reconnue à ce niveau-là, j’étais capable de créer mon entreprise. Etre à mon compte me démangeait depuis quelque temps. »

Christine démissionne et monte l’agence de communication Scherzo. Ce n’est pas si simple en 1990 d’être créatrice d’entreprise, avec deux jeunes enfants et des crédits qui courent. Christine démarre seule, dans une pièce de sa maison. L’agence spécialisée dans les relations presse et publiques croît, acquiert une belle réputation, réussit à convaincre des clients de notoriété internationale. Le métier de cheffe d’entreprise la passionne. Elle est à la fois DRH, fiscaliste, gestionnaire, commerciale. Elle sait être à l’écoute. Elle est passée par les différents échelons d’une entreprise, ce qui lui permet de se rappeler qu’à un moment donné, elle a été dans la peau de celui qui ne sait pas.

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

« Au cours de ma vie professionnelle je n’ai jamais souffert de sexisme. Pourtant un seul incident m’a marquée. Lorsque je suis allée voir mon banquier pour demander un prêt afin de ne pas toucher à ma trésorerie, il a demandé la caution de mon mari. J’ai refusé et je suis allée voir une autre banque. Je me suis beaucoup remise en cause. Est-ce que j’avais mal négocié, mal présenté mon projet, mal expliqué ? C’est à ce moment-là que je me suis rapprochée de Femmes Chefs d’Entreprises. »

Ce réseau féminin permet à l’entrepreneure de ne pas se sentir seule, d’échanger avec d’autres femmes dans la même situation. C’est un mouvement qui oeuvre afin que les femmes obtiennent des mandats dans les Chambres de Commerce, les tribunaux de commerce, les organisations professionnelles, pour leur donner plus de visibilité. « La place n’est pas légitimement accordée aux femmes. Il faut les valoriser. J’ai participé il y a sept ans à la création du trophée Elles Créent. Il met en lumière l’entrepreneuriat au féminin, pour ne pas laisser les femmes à l’écart du mouvement de la création d’entreprise. Je ne mène pas de combat, je ne veux pas m’opposer aux hommes, prendre leurs places, mais travailler à leurs côtés. »

Aujourd’hui Christine a vendu son agence après 21 années d’enthousiasme, elle est élue à la Chambre de Commerce de la Côte d’Opale, elle y préside la Commission Tourisme. Elle a reçu en 2012 les insignes de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur pour son parcours riche et profondément guidé par l’ouverture et la découverte de l’inconnu. Mais on n’arrête pas une force tranquille en si bon chemin. Christine s’est installée à son compte comme consultante… en communication.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Non, je pense que ce n’est pas une question de genre mais de personnalité. Il est plus simple aujourd’hui pour les femmes d’accéder aux études supérieures, de travailler, il y a des crèches, des horaires assouplis, des moyens de travailler à distance. Mais rien n’est définitivement gagné. La mixité est plus naturelle aujourd’hui, la relation garçon/fille se vit depuis tout petit, ce qui n’était pas le cas à mon époque. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Une femme doit convaincre, alors qu’un homme convainc naturellement. Je ne travaillerais pas de la même manière, car une femme, à la différence de l’homme, ne cloisonne pas travail / famille, elle sait penser à dix mille choses en même temps. Mais à chaque génération, les choses évoluent. Aujourd’hui, le partage des tâches équilibre mieux les rapports famille et carrière. »

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