Marjorie et Christophe : la permaculture, une voie vers une nouvelle société (4/4)

Marjorie et Christophe ont pris conscience de l’accélération de la dégradation écologique de notre planète. Poussés et questionnés par leur fils Léo, ils se sont documentés sur la théorie de l’effondrement. Ils ont choisi de passer à l’action en démarrant leur projet de permaculture. Un projet d’inclusion familiale, sociale, qui va bien au-delà du bonheur de cultiver son potager. Une philosophie qui impacte toutes les sphères de leur vie personnelle, professionnelle, sociale, et qui pourrait bien influencer nos solutions pour construire une nouvelle société. Rencontre avec une famille qui a décidé d’agir.

Un projet qui change la vie

Etre capable d’accepter l’inattendu

Marjorie – Enclencher ce projet a déjà fait changer plusieurs choses chez moi. Maintenant, lorsqu’il m’arrive quelque chose d’imprévu, je suis capable de ne plus m’en faire une montagne. Je l’accepte et je fais avec. Christophe, lui, a déjà cette capacité d’acceptation.

Ensuite, je viens de terminer l’écriture d’un livre, c’était un moment très chargé. J’ai réalisé que remettre les mains dans la terre me permettait de me recentrer et reconnecter à mes priorités. 

Je ne suis plus la seule à faire l’aigle !

Se questionner sur le sens de gagner de l’argent

Marjorie – Ce que nous sommes en train d’accomplir, là tout près dans notre jardin, m’interpelle particulièrement sur mon rythme professionnel et contribue à nourrir ma réflexion sur toutes les questions que notre fils Léo a soulevées.

Il nous a notamment fait réfléchir sur notre rapport à l’argent. Son propos est le suivant : « Si tu veux changer drastiquement, il faut que tu décides de gagner moins. Si tu gagnes moins, tu vas forcément mettre en place de nouveaux comportements qui vont changer ton quotidien et c’est là que tu vas avoir un impact écologique. » Il a raison, même si je suis consciente qu’il faut faire rentrer de l’argent pour payer toutes les charges afférentes à mon activité professionnelle et à ma vie personnelle. Comment faire converger tout cela ?

Et si l’argent disparaissait ?…

Trouver du sens à mon activité professionnelle 

Marjorie – J’agis chaque jour dans mon travail pour remettre du sens et de l’humain au cœur des entreprises. Je me lance dans ce projet de permaculture consciente de la théorie de l’effondrement. Est-ce que je suis cohérente en contribuant au système économique tel qu’il est actuellement organisé ? Est-ce que je suis en congruence avec toutes mes valeurs lorsque je crée une SARL pour supporter mes activités économiques ? 

Avec mon associée, nous avons mené une réflexion sur notre société pour déterminer sa mission : nous travaillons au service de la transition écologique, humaine, citoyenne, sociétale. Quant à la SARL que nous avons créée, nous nous demandons si nous n’aurions pas pu créer autre chose. Nous n’avons pas encore la réponse. Dans le cadre actuel, nous avons besoin d’une enveloppe juridique pour créer une activité professionnelle, mais et si on sortait du cadre ? Et si on inventait autre chose ? Ne peut-on vraiment pas faire différemment ? Prenons l’exemple de ce collectif de citoyens, les Tisseurs d’Oz à Lezennes. Ils ont réussi à co-créer ensemble une nouvelle manière d’agir, sans structure associative, sans assurance professionnelle, sans budget, et ça marche.

Envisager de nouvelles règles du jeu

Marjorie – Avons-nous vraiment besoin de tout rapporter à l’argent ? Pourquoi ne pas envisager de troquer des services, des biens ? J’ai un nouveau gros projet en tête. Est-ce que finalement cela n’aurait pas plus de sens de le faire bénévolement ? Je me souviens avoir contribué au Printemps de l’Education, un grand projet totalement bénévole, et ça a super bien marché ! Pourquoi se mettre la pression avec des contraintes de productivité, de résultat, qui vont à l’encontre des principes de la permaculture humaine ? L’homme n’est pas fait pour cela. C’est peut-être une position radicale, mais je me demande si ce n’est pas mieux pour moi d’être dans ce lâcher-prise total par rapport à l’argent. Il faut bien démarrer un jour. 

Aujourd’hui, avec la crise sanitaire, mon activité professionnelle subit une forte baisse. Et si je gagne moins, est-ce finalement un problème ? Je me rends compte que je possède beaucoup de choses inutiles, que ma maison est peut-être trop grande, mon confort peut-être trop élevé. Le fait de gagner moins s’impose à moi et me fait vivre la vie comme un cadeau et non pas comme une course à gagner plus. Je crois que ce changement de cadre qui en train de nous être imposé va nous amener à changer. 

Je me pose toujours ces deux questions. Et si durant cette transition je réussissais à changer un petit peu afin de ne pas avoir à changer tout d’un seul coup dans la souffrance ? Ou bien est-ce que ce n’est pas mieux pour moi d’engager maintenant une bascule totale ? 

Christophe, vis-tu ce projet de manière aussi intense ?

Christophe – Je suis plus pragmatique. J’ai conscience qu’il faut baisser notre consommation et notre empreinte énergétique. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore véritablement baissé notre confort, notre maison consomme beaucoup d’énergie. Nous réussirons petit à petit, je ne sais pas encore dans quel délai. Nous avons fait un premier pas.

Face à ces grandes questions, qu’avez-vous décidé de faire ? 

Marjorie – Nous avons décidé de faire avec ce que nous avons. Nous restons dans notre maison, et nous transformons notre jardin. Avec notre projet, nous rendons vie à la terre, nous maillons les êtres humains (notre famille, nos amis, nos voisins, mon village petit à petit je l’espère, les salariés des entreprises pour lesquelles j’interviens) pour les laisser pousser en bonne harmonie. Nous faisons en sorte que le monde soit le mieux possible et qu’il ait du sens pour chacun.

Pose des citernes : oui, il faut bien des contenants pour conserver l’eau !

Quel lien vous faites entre la crise sanitaire actuelle et votre projet ?

Marjorie – Cette période inédite que nous vivons actuellement donne encore plus de sens à notre projet et aussi à mes questionnements évoqués dans l’article. Je me sens personnellement en paix intérieure face à ce choc qui chamboule fort, car c’est comme si nous nous y étions préparés, intellectuellement et émotionnellement. On savait que ça allait arriver (peut-être pas aussi vite, d’ailleurs on me regardait avec des yeux ronds quand je parlais de 2021 comme d’une année charnière et de bascule), on commençait seulement à s’y préparer, mais ça a été très aidant je pense pour juste l’accepter et faire avec. Et cette crise sanitaire va forcément engendrer des conséquences au niveau économique et sociétal.

ça nous conforte dans nos choix par rapport à notre autonomie partagée, notre envie de créer des ilots autour de nous et de changer de mode de consommation et de vie.  Est-ce que cela va accélérer encore plus notre transition et faire des choix plus radicaux à notre niveau ?… C’est une bonne question… seul l’avenir nous le dira, je n’ai aucune réponse à ce jour. Je suis pleine de doutes, questionnements et peurs. J’essaie dans ces cas-là de les écouter et aussi de me recentrer sur mes désirs, mes besoins et mes élans de vie. Affaire à suivre… 

Vous voulez créer votre oasis, votre îlot ?

Ainsi se termine la série sur le projet d’oasis de convivialité de Marjorie et Christophe. Je vais continuer de cheminer avec eux pour suivre les aventures de leur chantier participatif et pourquoi pas, démarrer une démarche personnelle. Je vais commencer par me changer moi, ce sera déjà pas mal… La prochaine série en préparation sur le thème du Monde d’après est sur ArbraCulture qui accompagne Marjorie et Christophe.

A nous de trouver notre propre pattern pas terne
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3 commentaires sur “Marjorie et Christophe : la permaculture, une voie vers une nouvelle société (4/4)

  1. Merci pour cette belle série d’articles…
    Les pistes de réflexions (et d’actions 😉 qu’ils entrainent au rythme de chacun des lecteurs…
    Le dernier m’a vraiment touchée, avec le rapport à l’argent, en tant que « professionnellement inactive » (et pas inactive professionnelle 😉
    Je pense que la crise qui a débuté avec le sanitaire n’est pas finie, qu’elle est un vrai signe positif, et je l’écoute…
    J’ai confiance en tous, en moi, en la vie, pour un jour connaître autre chose, ou au moins d’en faire cadeau à mes enfants…
    Encore merci à vous ❤

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  2. Merci pour cette belle série d’articles…
    Les pistes de réflexions (et d’actions 😉 qu’ils entrainent au rythme de chacun des lecteurs…
    Le dernier m’a vraiment touchée, avec le rapport à l’argent, en tant que « professionnellement inactive » (et pas inactive professionnelle 😉
    Je pense que la crise qui a débuté avec le sanitaire n’est pas finie, qu’elle est un vrai signe positif, et je l’écoute…
    J’ai confiance en tous, en moi, en la vie, pour un jour connaître autre chose, ou au moins d’en faire cadeau à mes enfants…
    Encore merci à vous ❤

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