Fernando Sanchez : le libraire à vélo

Fernando Sanchez a découvert le plaisir de la lecture grâce au bouquiniste installé en face de sa fac. Il travaille aujourd’hui en restauration collective, mais il met toute son énergie dans la réalisation de son rêve, devenir libraire à vélo. Bicloubook est un projet qui porte les valeurs de l’économie sociale et solidaire telles que la solidarité et l’éducation par la transmission du goût de la lecture. Il y a des lieux où les livres ne rentrent pas. Fernando s’est donné pour mission de les amener là où l’on ne connaît pas encore la magie de la lecture. 

J’ai connu Fernando par les réseaux sociaux, à l’époque où il présentait son projet de libraire itinérant. J’ai noté dans un coin de ma tête son nom, et pendant le confinement, je me suis lancée, l’idée de Fernando étant en complète résonance avec mon fil rouge de l’année 2020, les oasis de convivialité. A sa manière, Fernando crée sa petite oasis avec son vélo et ses livres : il contribue à retisser du lien entre les habitants des quartiers de la ville et il leur ouvre tout un monde de découverte et de curiosité au moyen de la lecture. J’ai été très touchée par la volonté de cet homme de permettre à tous d’accéder à la magie de la lecture. Fernando n’est pas qu’un rêveur plongé dans ses livres, c’est aussi un entrepreneur qui se pose les bonnes questions afin faire des choix raisonnés.  

Qui es-tu ?

Fernando – Je suis chilien. J’ai 1 un an lorsque j’arrive avec ma mère à Lille en 1977. Mon père est déjà là. Mes parents ont fui la dictature qui fait des ravages. De 1989 à 1994, je retourne au Chili où je vis une adolescence post dictature. C’est une époque de ma vie très formatrice, car porteuse de valeurs fortes comme la justice. Le chili est à ce moment-là devenu un pays plus libre et démocratique. Je découvre le pays de mes parents et l’histoire de ma famille avec beaucoup d’émotion.

Fernando aime La Javanaise pour la beauté sa mélodie

Comment as-tu découvert les livres ?

Fernando – Je reviens en France à la fin des années 90 pour des raisons économiques et familiales. Je décide d’en faire le pays où je construirai ma vie. Je démarre des études d’espagnol. Mais je suis plutôt attiré par le bouquiniste installé juste en face de la fac. A force de lui rendre visite, nous faisons connaissance, échangeons des conseils de lecture, et un jour, il me propose de le remplacer. Je fait ce travail pendant presque 4 ans. Je goûte au plaisir des livres et à celui de gagner de l’argent en même temps.

Qu’aimes-tu dans la lecture ?

Fernando – C’est à cette période que j’ai pris conscience que j’aimais lire. J’ai découvert à travers les livres qu’une même réalité pouvait être traitée de manières complètement différentes. Les livres ont cette capacité de nous apporter un regard différent sur le monde. Lire est une expérience très enrichissante qui nous ramène toujours à la multiplicité de l’expérience humaine. Car au final, les livres parlent de nous.

Parle-moi des lectures de la Ferme d’en Haut

Fernando – Je fais partie d’une association franco-chilienne, Cordillera, qui tient un café culturel au sein de la Ferme d’en Haut à Villeneuve d’Ascq. C’est avec cette structure que nous avons imaginé organiser un dimanche par mois une lecture. Je choisis un thème, puis quelques livres dans ma bibliothèque qui l’illustrent et j’en lis des extraits. J’ai 30 minutes pour capter l’attention et donner envie de découvrir un livre et un auteur. Pendant le confinement, ne pouvant plus assurer mes lectures mensuelles, j’ai démarré des vidéos-lectures que je poste sur ma chaîne Youtube « Bicloubook ». Chaque semaine, je lis mes coups de coeurs littéraires. 

« Livre à vous avec Bicloubook » , la chaîne Youtube de Fernando => ABONNEZ-VOUS !

Quel genre littéraire aimes-tu ?

Fernando – Je n’aime pas le genre fantastique ou science-fiction, mais plutôt  le roman contemporain. J’aime ce qui peut surgir de surnaturel ou de magique dans un roman, mais ce n’est pas un critère de choix dans mes livres. Mes goûts littéraires sont façonnés par les livres d’occasion. Je ne suis pas un fan des sorties littéraires. Je n’achète que des livres d’occasion : c’est financièrement accessible à tous et surtout cela permet de lire de tout. 

Comment choisis-tu tes livres ?

Fernando – Lorsque je vais chez Emmaüs, touts les genres et toutes les époques sont mélangées, c’est la surprise ! Grâce à Emmaüs, j’ai découvert des perles d’auteurs régionaux. Par exemple, André Stil est un auteur du Nord qui a beaucoup écrit sur la mine et les corons. Peu de gens le connaissent. C’est ça la surprise d’Emmaüs. Les livres dorment, je les réveille en les choisissant et lisant. J’ai envie de les faire connaître. C’est comme ça qu’est née l’envie de partager et de vendre des livres d’occasion. J’ai appelé mon projet Bicloubook : amener le livre là où n’entre pas, sans polluer, c’est-à-dire en vélo.

Comment est né Bicloubook ?

Fernando – Je suis cuisinier en collectivité. En 2019, entre deux contrats, j’ai fait le point sur ce qui m’animait vraiment. Les livres ont naturellement surgi. Comment allier ma passion des livres et un travail ? J’ai d’abord pensé monter des animations littéraires. Puis en septembre 2019, j’ai rencontré Didier qui tient le café citoyen Le Polder à Hellemmes. Il m’a aidé à continuer de façonner mon projet. Aux animations littéraires, j’ai rajouté l’idée d’aller à la rencontre du public, dans leur quartier, les parcs et jardins publics, les marchés, les manifestations culturelles, avec un vélo-remorque rempli de livres.

Je veux vraiment aller à la rencontre de ceux qui ne rencontrent pas les livres parce qu’il n’y a pas de bibliothèque ou parce que personne ne les a invités à pousser la porte d’une librairie. Et je veux y aller en triporteur parce que c’est moins polluant.

Les rendez-vous lectures de Fernando

Où t’approvisionnes-tu ?

Fernando – Je vais à Bruxelles dont je suis tombé amoureux et où l’on trouve des librairies d’occasion incroyables. Il y a en a aussi à Roubaix. Des personnes m’ont aussi offert un grand nombre de livres pour soutenir le projet et je peux compter sur ma réserve personnelle. Je suis ainsi à la tête d’un stock de près de 1000 livres.

Comment penses-tu pérenniser cette activité ? 

Fernando – A mesure que mon projet se concrétisait, j’ai eu l’envie d’en faire un travail qui me permette d’en vivre. J’ai fait un bilan prévisionnel sur 1 an en tenant compte de la vente de livres d’occasion en direct et par internet ainsi que de l’animation d’activités littéraires. Face aux chiffres, j’ai réalisé qu’il fallait que je vende beaucoup de livres et d’ateliers pour me dégager un salaire de 700 euros par mois. Par ailleurs, l’aléa de la météo est aussi à prendre en considération. Si le temps est mauvais, pas d’activité en extérieur, et avouons que nous sommes dans une région où il pleut beaucoup quand même ! Enfin, même en tenant compte des aides dédiées aux projets de l’économie sociale et solidaire, je prenais un sacré risque.

Finalement, j’ai décidé de ne pas subir de pression économique et de garder mon travail dans la restauration collective tout en lançant mon projet à côté. Je reste ainsi dans le plaisir de partager ma passion. 

Où en est Bicloubook aujourd’hui ?

Fernando – Le projet a été stoppé avec le confinement. Cependant, le vélo électrique a été livré et j’attends encore pour m’acheter la remorque. Des amis vont m’aider à monter le module qui permet d’exposer les livres. Mon site internet est créé, le lancement dépend maintenant du moment où la remarque sera prête. 

J’ai hâte d’aller m’installer sur les marchés et livrer dans les quartiers de Lille et la métropole. Je serai heureux d’entendre « Venez, voilà le libraire en vélo ! ». J’ai envie d’aller chez les gens, de prendre le temps de discuter avec eux, de provoquer les rencontres. 

La remorque que Fernando souhaite s’acheter

Comment rêves-tu ton projet dans 5 ans ?

Fernando – Mon souhait reste d’en faire un travail. Je voudrais réussir à créer une vraie dynamique autour de la lecture. Et si d’autres ont l’idée de faire la même chose que moi, alors ce sera le signe que j’aurai réussi !

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Fernando – Oui ! J’ai écrit un roman auto-édité en mars 2019. J’avais envie d’écrire sur un moment particulier de ma vie, celui où j’ai fait ma demande de naturalisation. C’est donc l’histoire d’un homme qui rechigne à réunir toute la paperasse nécessaire à cette demande alors qu’il vit en France depuis 30 ans. Cette histoire est prétexte à parler de mon histoire familiale en abordant la question de l’exil avec ses hauts et ses bas. « Si j’aurais su j’aurais quand même venu » est le titre de ce livre.

Extrait du livre de Fernando – Si j’aurais su j’aurais quand même venu

7 euros – envie de le lire ? envoyez un message à : banana76@yahoo.com ou appelez le : 0624011340

« Puis quoi… naturalisé, je le suis déjà depuis un bon moment, Monsieur le Préfet. Une naturalisation au gré de rencontres, à tâtons, rafistolée en route, façonnée sans que date ni heure ne l’enregistre dans des fichiers. Sur elle, pas la moindre trace de tampons à l’encre bleue, de ceux qu’assènent les faiseurs de règles du jeu. Elle n’eut besoin d’aucun hymne entonné ni de « charte des droits et devoirs du citoyen français » à signer en bas de page. Non, la mienne n’a heureusement rien à voir avec la vôtre, qui, dans le passé, enrôla des indigènes pour en faire de la chair à canon, ou bien durcit ses critères à l’heure des discours identitaires. Les pieds enfouis dans cette terre, la tête à ras des nuages, ma nature a fini par se fondre dans votre plat pays. Au point même de s’y confondre ! Alors, ne vous vexez pas si, au moment de lui remettre sa carte d’identité, tel un collier à fleurs tressées, elle explose d’un fou-rire lors de votre cérémonie. »

Dans quelles lettres de CRAZY! te retrouves-tu ?

Fernando – Je me considère comme une personne curieuse et rêveuse, pour moi l’un ne va pas sans l’autre. Je suis curieux car j’aime pousser la porte et regarder ce qu’il y a derrière. Je suis toujours en train de me demander « Et pourquoi je ne ferais pas ça ? ». Je suis un rêveur qui a les pieds sur terre car je ne me lance pas à n’importe quel prix dans Bicloubook. Ce qui est génial dans cette aventure, c’est qu’au fil des rencontres, les gens me suggèrent des idées et pensent à des choses que je n’avais pas imaginées. Mais surtout, ils me disent que mon rêve a toute sa place dans la réalité. 

Fernando a besoin de livres, alors à vos fonds de bibliothèques ! 

Crédit photo : Fernando Sanchez

Pour aller plus loin :

bicloubook@gmail.com

facebook : livre à vous

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