Angèle Barroy, fondatrice du fonds de dotation Dianes – la finance au service d’un territoire (1/2)

Angèle Barroy est une insatiable curieuse, elle se passionne pour tout, veut tout savoir sur tout, crée des liens invisible entre tout. Rencontre avec une entrepreneuse en série à prendre au sérieux ou comment passer d’éducatrice spécialisée à gestionnaire du fonds de dotation Dianes, un outil de la finance au service d’un territoire.

C’est Angèle qui me contacte, discrètement, sur la pointe des pieds. « Cela fait un certain temps que je suis beCRAZY! et je tente ma chance, j’aimerais vous parler de mon activité. » Angèle avait mis le lien vers son site internet. La phrase « Gagner à donner » m’interpelle immédiatement. Dans la continuité de mon exploration de solutions pour un monde d’après plus durable, solidaire, démocratique et respectueux, je voulais trouver une initiative dans le monde de la finance. Finance, gros mot et enfer pour certain, merveille et paradis pour d’autres, il faut bien avouer que les années golden boys des années 80 sont loin.

Depuis la crise financière de 2008, ce mot a une image de plus en plus négative, traînant une réputation sulfureuse. Cependant, reconnaissant que l’argent reste aujourd’hui le nerf de la guerre. Pas d’argent, pas de financement de projette quoi que ce soit. La finance peut-elle être solidaire, inclusive, durable respectueuse des homes et de la planète ? 

L’AMF (Association des Marchés Financiers) agit depuis 2018 pour une finance durable, convaincue que le régulateur a le rôle d’accompagner et former pour accélérer les transformations. Cette responsabilité est définie dans la loi PACTE de 2019 (lien). Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance (lien) qui met la pression sur les acteurs financiers pour décarbonater leurs investissements est engagée dans une lutte radicale pour faire émerger les prises de conscience et faire bouger les lignes. Et ça bouge ! Elle a reçu en novembre 2020 le prix Goldman pour l’environnement, la plus grande distinction dans le domaine.

Si Lucie Pinson met la finance au service du climat, Angèle Barroy la met au service des territoires pour créer des liens entre les entreprises et les associations. Elle est une pionnière dans le domaine de la finance en circuit court. Elle nous raconte son parcours, ses déboires et son super pouvoir, rebondir après un échec.

Qui es-tu Angèle ?

Je suis Dunkerquoise et éducatrice spécialisée de formation. Je suis une personne très curieuse et créative, je passe d’un sujet à l’autre, me nourrissant à chaque fois de toutes les connaissances possibles. J’essaie parfois de faire un lien entre les différents domaines qui m’intéressent… Il n’y en a pas vraiment, le fil conducteur étant la soif d’apprendre. Je vais là où mon coeur me dit d’aller. J’ai des convictions, des revendications, alors j’agis, car je ne peux pas en effet passer tout mon temps à me plaindre. J’essaie, j’expérimente, et si je me plante, alors je recommence.   

Quel est ton parcours ? 

Je suis une serial entrepreneuse. J’ai d’abord créé une mini-entreprise d’impression sérigraphique sur tout support pour de la décoration d’intérieur, puis j’ai fait de la vente en ligne de reproduction photographique et de jeux vidéo, j’ai monté un business de graines bio, j’ai travaillé dans le déstockage… Mais le sujet de l’éducation m’a toujours intéressée et tournait dans un coin de ma tête. Mes enfants grandissant, j’étais de moins en moins en phase avec l’école que nous propose l’Education Nationale. J’ai fini par me lancer dans un projet d’école alternative et fondé l’école Extra à Dunkerque. 

Peux-tu me parler de l’école Extra ?

J’ai créé l’école Extra en 2016. Plus qu’une école, je voulais créer un lieu de parentalité pour tisser des liens entre les parents autour d’un café ou leur permettre d’assister à des conférences. Je voulais des bâtiments sur mesure pour que le projet pédagogique puisse s’épanouir. J’étais convaincue de l’importance de privilégier l’apprentissage des compétences non cognitives (les soft skills) plutôt que cognitives. Par exemple, le matin les enfants avaient des cours traditionnels d’apprentissage tels que la lecture ou les mathématiques et l’après- midi, des intervenants extérieurs les faisaient interagir sur leur leadership, leurs émotions, ils travaillaient en groupe pour développer la collaboration, l’empathie, ils pratiquaient yoga et méditation et pouvaient participer à des ateliers philo sur le modèle proposé par Frédéric Lenoir. 

 » Pour changer le monde il faut changer les enfants « 

C’est un projet que j’ai porté pendant 4 années, jusqu’en 2018. Avec mon mari, nous avons tout vendu pour partir vivre en mobile home dans un camping. Ce projet me tenait tellement à coeur que j’étais prête à tous les sacrifices. Aujourd’hui, j’ai quitté l’école, car je ne suis plus en phase avec ses valeurs et le projet pédagogique. Les frais de scolarité peuvent monter jusqu’à 600 euros mensuels, ce qui est très élitiste. Je ne voulais pas que ces frais dépassent 150 euros. Je me suis trompée sur le modèle économique. Cela m’a pris du temps pour digérer cet échec.

Comment est née l’idée du fonds Dianes ?

L’idée est née pendant que je montais le projet Extra. J’ai découvert le milieu associatif et leur manque cruel de moyens financiers. Je faisais face moi-même à la situation puisque je cherchais des financements pour l’école, ce qui n’était pas simple. Je me suis demandé comment je pouvais « créer » mon propre circuit de financement.

Je me suis alors souvenue qu’au cours de mon parcours professionnel j’ai fait un long passage dans le domaine du destockage. J’y ai pris connaissance de la problématiques de sur-stocks des entreprises et j’ai pu constater que les entreprises donnaient à des associations, ce qui leur permettaient de bénéficier de l’avantage fiscal lié au don, mais que bien souvent, ces dons n’étaient pas en adéquation avec les besoins de ces dernières. J’ai donc imaginé une structure qui soulagerait les entreprises de leur sur-stocks et répondrait aux besoin financier des associations, une structure qui servirait d’intermédiaire entre ces deux acteurs transformant les sur-stocks en argent .Une solution qui se devait d’être gagnant-gagnant et pour les entreprises et les associations.

L’idée a donc surgi de collecter des biens à déstocker, de les revendre, et de redistribuer les produits de ces ventes aux associations dont celle que j’étais en train de créer. 

Qu’est-ce que c’est le fonds Dianes ?

Tout d’abord, un fonds de dotation est une entité à but non lucratif encadré par la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 et le décret du 11 février 2009. Son objectif principal est de réaliser une œuvre ou une mission d intérêt général ou de redistribuer les revenus du fonds en vue d assister une personne morale à but non lucratif (autre qu’un fondateur) dans l’accomplissement de ses œuvres et de ses missions d’intérêt général.

Concrètement, le fonds Dianes se charge de collecter et vendre les surstocks, invendus et fins de  série, ce sont les dons. L’entreprise qui donne réduit ainsi ses coûts de stockage, défiscalise, se met en conformité avec la loi anti-gaspillage de décembre 2020, s’engage dans une démarche RSE et s’implique dans la vie locale. L’argent issu de ces ventes est versé à l’association choisie par l’entreprise qui a fait le don. Le fonds Dianes s’occupe de tout : de rédiger la convention de don, de transporter la marchandise, d’émettre le reçu fiscal.

Rdv le 24 février 2021 pour la fin de l’article sur Angèle Barroy.

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