Hélène Szulc : entrepreneuse anticonformiste

Sophie Mayeux – décembre 2012

Hélène est une femme libre et rebelle. Son parcours atypique en est la preuve. Elle a la tête bien faite, bien en place sur ses épaules, comme le casque des scaphandriers qui font partie de son quotidien.

Hélène est née à Béthune, d’une mère flamande et d’un père d’origine polonaise, tous deux enseignants. Hélène grandit à Arras, fait des études littéraires et se passionne pour l’économie. Elle intègre Sciences-Po à Paris et termine son cursus à Lille. « L’économie de l’environnement me passionnait. A l’époque, ce n’était qu’une utopie d’économistes. Aujourd’hui c’est une réalité. Dans ma promo, nous n’étions que sept en éco-finances. Je n’avais pas envie d’entrer dans la fonction publique. Je n’en aimais ni le cadre ni le poids de la hiérarchie. » A sa sortie de Sciences-Po, Hélène cherche un stage dans le secteur de l’environnement. Elle connaît des scaphandriers de la région qui travaillent notamment dans les canaux. Elle fait une étude de marché et détecte une opportunité intéressante à développer : proposer une alternative à la vidange de stations d’épuration dans les rivières. Le lien est trouvé entre plongée et environnement.

Aujourd’hui, Hélène est Directrice Générale d’une entreprise spécialisée dans les travaux difficiles d’accès en milieu subaquatique. Ses collaborateurs plongent en centrale nucléaire, dans des bassins d’épuration, interviennent sur des barrages. On peut tout faire sous l’eau paraît-il ! Chaque opération est éco-responsable, l’entreprise ayant développé des machines autonomes et écologiques à énergie solaire ou éolienne. « L’innovation est un moteur important pour moi. Trouver des nouvelles idées, démarrer des projets, les amener au bout, créer de nouveaux outils, de nouvelles méthodes de travail, c’est ce qui me motive, avec l’humain aussi. » La solidarité fait partie des valeurs de cette entreprise qui existe maintenant depuis dix-huit ans.

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

« Je me suis associée avec deux hommes. Je ne me suis jamais posée la question. J’ai toujours évolué dans des mondes d’hommes sans problème. Au contraire, aurais-je pu survivre dans un monde de femmes ? J’aime le côté carré et concret des hommes.

Je ne suis pas la seule femme à travailler dans ce secteur, et souvent celles qui ont choisi cette activité ne sont pas issues du métier. Cela n’a pas été simple de lancer l’entreprise, car certains pensaient que je n’avais pas ma place. Je me suis entendue dire « On vous aidera lorsque vous ne serez plus gérante ». Je ne me suis pas découragée. Devenir un véritable chef d’entreprise ( savoir bien définir sa stratégie, prendre des décisions ) m’a pris quelques années. Je n’avais pas les compétences techniques. Mais quand on est dans la technique, on se complaît dans ce domaine. J’ai porté mes efforts sur d’autres types de contributions : la documentation, le juridique, la gestion de crises. On a connu un dépôt de bilan, des accidents, des litiges préoccupants, on a réussi à remonter à chaque fois. »

Aucun regret pour Hélène quant au métier de fonctionnaire. « Mon luxe, c’est ma liberté. Je regrette simplement de ne pas être passée dans de grandes entreprises pour y acquérir des outils organisationnels. J’aurais pu aller plus vite. Les grandes écoles ont tendance à formater les gens et l’entrepreneuriat n’y est pas valorisé. ». Dans un dernier séminaire d’entreprise, le profil « rebelle et promoteur » est sorti pour décrire Hélène. On retrouve bien l’ancienne joueuse de rock qui aimait partir sur la route avec son sac à dos, sa façon de tracer sa voie et de décider seule de son sort.

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Non. Ma mère m’a beaucoup apporté. Elle est quand même partie seule à vingt-et-un ans pour enseigner dans la brousse. Elle a dû rompre avec la tradition familiale. En voyageant, on se rend compte qu’on a de la chance d’être une femme en France. Les femmes ont souvent tendance à s’auto-limiter, à s’auto-censurer. Elles n’osent pas demander le même salaire qu’un homme, elles manquent de représentativité dans les entreprises et les syndicats. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Je pense que non. Il y a une forme de compétition entre les hommes. Est-ce l’ego ? Quand on est dans une réunion avec des hommes, il y a tout un cérémonial, une parade à respecter, alors qu’on pourrait aller droit au but. En tant que femme j’arrive à travailler autrement que dans un rapport de force. Une femme sait désamorcer plus facilement et rapidement un conflit. Elle est plus intéressée par la construction, plus prudente aussi. »

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