Laurence Vanlemmens – L’espoir fait vraiment vivre

Sophie Mayeux – décembre 2012

Laurence est une femme sereine qui s’intéresse sincèrement aux autres. Elle a rapidement su qu’elle voulait s’occuper des gens. C’est ce qui l’a amenée à devenir médecin et à choisir la cancérologie. « C’est une spécialité où les rapports avec les personnes sont tellement forts. »

Laurence fait son internat en 1989. Elle travaille en tant qu’interne dans des domaines comme la pédiatrie ou la gériatrie, mais s’aperçoit comme une évidence, après un stage en cancérologie, que c’est cette spécialité d’oncologue médicale qui lui convient. « La cancérologie est un métier passionnant d’un point de vue médical et si intense sur le plan relationnel ». Elle obtient son premier poste en 1993, au centre Oscar Lambret à Lille. « Au bout de vingt ans, je réussis à avoir plus d’empathie et à mieux aider. » Laurence ne voit pas la technique médicale comme une fin en soi, c’est juste un outil qui permet d’accompagner une personne. « Le savoir être est aussi primordial que le savoir faire. » Cette femme médecin a choisi de se spécialiser dans la sénologie : elle soigne des femmes atteintes du cancer du sein. Elle essaie, à chaque fois, d’agir en respectant leurs désirs. Laurence est sincèrement convaincue que soigner, c’est s’occuper avant tout de l’être humain en prenant en compte son contexte psycho-social. Certains médecins considèrent qu’ils n’ont pas à entrer dans la sphère intime de la personne. Laurence ne partage pas cette opinion : le médecin doit accompagner le patient et ses proches dans une démarche globale, tout le long de son parcours, tout en reconnaissant ses propres limites.

Il y a cinq ans, Laurence décide de mener une étude appelée « KALICOU : Qualité de vie du couple». Elle veut donner la parole aux femmes malades et à leur entourage (ici le conjoint) pour comprendre comment le cancer du sein les impacte et étudier ce qui se joue dans la cellule familiale pour faire émerger des pistes d’action. « J’accompagne beaucoup de femmes jeunes, avec des enfants à charge et/ou un désir d’enfants. Elles sont en train de construire leur vie professionnelle, personnelle, amoureuse. Je repère leurs difficultés du quotidien, me rends compte des conséquences violentes provoquées par l’entrée du cancer dans leur vie. Je demande au conjoint s’il va bien, ce qu’il ressent, comment il vit ce bouleversement. Il faut l’impliquer, ne pas oublier les chamboulements que cela provoque chez lui. » Deux questionnaires ont été créés à partir de leurs récits de vie et sont en cours de validation. Cet outil permettra d’identifier les modifications de la qualité de vie liées au vécu de la maladie et des traitements. Il contribuera à améliorer leur prise en charge médicale, psychologique, et sociale notamment des patientes et de leur partenaire. Il facilitera également l’aide dans l’après-cancer. Laurence a suscité l’intérêt. Elle est conviée à des conférences grand public et jusqu’en Afrique du Nord pour discuter de la relation soignant-soigné et de l’accompagnement.

Laurence est une femme porteuse d’un espoir communicatif. « Je côtoie la mort, je reçois chaque jour des leçons de vie, je prends donc un grand recul par rapport aux tracas du quotidien. La maladie nous enrichit tous. Je connais beaucoup de femmes qui ont, suite à leur cancer, modifié des choses dans leur vie. Elles ont su ne garder que l’essentiel. »

Dans votre domaine professionnel, est-ce difficile d’être une femme ?

« Non, pas plus que dans n’importe quelle autre entreprise. De plus ma spécialité est plutôt féminine, il y a beaucoup d’infirmières et de femmes médecins. En tant que femme médecin pour la patiente, je suis peut être plus à l’affût de la difficulté de son quotidien. Et inversement, elle me confiera plus de choses parce que je suis une femme. Par exemple, certains médicaments provoquent des sécheresses vaginales. L’homme médecin ne va pas forcément poser la question ou imaginer combien cela peut être une source de souffrance supplémentaire. »

Est-ce compliqué aujourd’hui d’être une femme ?

« Je ne le pense pas. En France, c’est moins compliqué qu’ailleurs. Une femme peut tout à fait faire aussi bien qu’un homme. »

Mèneriez-vous votre action de la même manière si vous étiez un homme ?

« Cela ne changerait rien. C’est plus une question d’éducation et d’expérience. Hommes et femmes sont complémentaires. Au niveau du travail, on amène des choses différentes, en terme de sensibilité notamment. Il faut reconnaître que l’on s’apporte mutuellement beaucoup. »

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